CHAPITRE 2
~ Premier augure ~




        Je me trouve à l’entrée du collège. Le temps est orageux, il fait très sombre. Seule la pleine lune éclaire quelque peu la nuit noire. Un vent fort souffle et fait tourbillonner les feuilles mortes autour de moi. Alors que les arbres se plient face à la puissance du vent et que certaines branches se tordent et se brisent, manquant de me fouetter en plein visage, je remarque que le petit portail vert qui permet de pénétrer dans l’enceinte de l’établissement est ouvert. Ignorant la tempête, j’entre, tourne sur moi-même en observant les alentours, et descends la pente discrètement ; je ne veux pas être vu. J’arrive dans la cour supérieure. Je cours, je dévale les marches qui mènent à la cour inférieure en manquant de peu de trébucher et d’atterrir lourdement sur le sol. Tout en tentant de conserver mon équilibre, je continue ma course, passe devant le bâtiment administratif secondaire, là ou se trouve la « vie scolaire ». Je continue sans m’arrêter, sans adresser le moindre regard à aucune de ces structures. Je suis seul.

        J’y suis. Le bâtiment source de tous les événements étranges se dresse devant moi. Il est intact, pas encore touché par les travaux qui l’ont totalement défiguré. Les ardoises noires qui recouvrent ses murs luisent à cause la pluie. Je m’avance, passe la porte qui mène au couloir lugubre du rez-de-chaussée. D’innombrables portes se trouvent sur les murs qui m’enferment dans cet endroit ; mais je sais ce que j’ai à faire. Je traverse le long couloir en courant jusqu’à me retrouver face à la double porte-fenêtre qui en marque la fin, et donne sur l’extérieur. Je prends une grande inspiration et me retourne. Je vois une forme sombre, à l’apparence humaine et adulte, à l’entrée du bâtiment, qui m’observe. Aussitôt que nos regards se croisent, elle court jusqu‘à la cage d’escalier. Je l’entends monter les marches quatre à quatre. Puis un rire lugubre raisonne dans le bâtiment. Troublé, mais encore tout autant déterminé, je retourne légèrement en arrière. Sur ma droite se trouve la porte de cette salle, LA salle.

La D33.

Sujette de nombreux mensonges sur son utilité et sa condamnation ; de celle-ci émane une énergie noire qui témoigne des malheureux événements qui s’y sont déroulés, et je suis l’un des seuls à savoir que cette salle est démoniaque. Je tente d’en ouvrir la porte, mais elle est fermée à double tour, comme je m’y attendais.

        Alors, je prends mon courage à deux mains, et me dirige lentement vers la cage d’escalier. J’ai peur d’aller à l’étage, peur de ce qui m’attend en haut. Je commence à monter, lentement, marche par marche. Mais alors que je progresse dans mon ascension, je suis violemment agrippé et tiré en arrière tandis que j’entends des portes claquer violemment. Je suis projeté dans ce qui était, à cette époque, le CDI. Mon corps heurte alors violemment une table, créant en moi une douleur irrationnelle et me faisant retomber face contre terre avec grand fracas. Je reste quelques instants immobile, incapable de faire le moindre mouvement. Une dizaine de secondes s’écoulent lentement. Tentant de rassembler mes forces, je me mets à ramper sur le sol, et relève lentement la tête pour voir la porte se referme brutalement sous mes yeux et laisser une terreur profonde s’emparer de moi. Sous l’effet de l’adrénaline, je me relève brusquement, et recule par instinct - la peur fait faire des choses surprenantes, parfois. Je titube, et m’appuie sur la table contre laquelle j’ai été projeté afin de conserver un semblant d’équilibre. Aucune lumière n’est allumée dans cette pièce, et étant donné l’état de la météo au dehors, je ne vois que peu de choses. Je reconnais le bureau de la documentaliste, quelques étagères de livres. J’essaye d’avancer, de trouver comment me sortir d’ici. Il y a bien une mezzanine à l’étage, mais il m’est impossible de m’échapper par là : l’escalier en colimaçon qui y mène est sur le point de s’effondrer, comme il l’a toujours été. Mais il y a une porte qui donne sur la cour inférieure ! Finissant de rassembler mes forces, je m’y précipite avec espoir, puis tremble d’effroi en constatant qu’elle est fermée à clé. Je me retourne, et reste immobile pendant quelques instants, incapable de réfléchir, paralysé par ma peur, mon sentiment d’enfermement, et ma douleur toujours omniprésente. Alors, soudainement, la sonnerie d’un téléphone retentit, raisonnant dans la vaste salle et provoquant chez moi un sursaut presque exagéré. Je suis pris de panique et ma respiration se saccade de plus en plus. Je me dirige à tâtons vers le bureau de la documentaliste. Tandis que je progresse, les brefs moments pendant lesquels la sonnerie s’interrompt créent un silence extrêmement pesant, renforçant mon sentiment de solitude... et d’être observé. Une fois devant le bureau, je porte le téléphone à mon oreille en tremblant de tous mes membres. « A… Allô ?... » dis-je en bafouillant. Je n’ai aucune réponse. « Allô ? » dis-je à nouveau. « Qui... qui êtes-vous ? ». Alors, cette fois, une voix lugubre et profonde me crie : « TU DOIS LES TROUVER ! ». L’appel se coupe immédiatement après cette phrase terrifiante. J’entends alors une porte grincer derrière moi…

        Je me retourne lentement, en ne sachant à quoi m’attendre. C’est la porte du CDI qui s’ouvre. Je suis pétrifié. Je sors, lentement, et me retrouve à nouveau dans le sombre couloir. La cage d’escalier se situe juste en face de moi. Ce n’est plus possible, je ne tiens plus ; alors je m’élance et grimpe les marches en courant. Mais une fois arrivé en haut, je m’arrête pour reprendre mon souffle, relève la tête, et constate que c’est un spectacle horrifiant qui m’attend. Un enfant est couché à terre, entouré par deux autres ; et l’un d’eux tient une hache entre ses mains. Derrière eux, la forme sombre et humaine, celle qui me persécute, se tient, droite, et rit, de son affreuse voix. Enfin, elle me regarde droit dans les yeux. Les siens sont rouges. Sa bouche entame un mouvement lent et perturbant, puis des paroles en sortent : « Bientôt, tu sauras tout ce que tu as voulu savoir. ». L’enfant qui tient la hache est pris d’un spasme, et l’arme s’abat sur l’enfant à terre. Le sang coule. Un cri inhumain… me réveille en sursaut.



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