CHAPITRE 1
~ Le commencement ~




        Ça y est. Enfin. C’est la dernière semaine de cours avant les vacances. L’année prochaine, je vais au lycée. J’attendais ce moment depuis si longtemps. Je contemple ce collège que je ne verrai bientôt plus, et qui, pour être honnête, ne va pas réellement me manquer. Les élèves y sont immatures et idiots, et c’est sans parler de l’administration : sévère, malhonnête, effrayante même. Et puis, il s’y passe des choses étranges. Dans ces bâtiments sombres et humides, on y entend parfois des bruits de pas, des chuchotements, sans qu’il n’y ait pourtant de présence apparente. L’administration fait tout pour limiter les rumeurs, mais nous sommes nombreux, pourtant, à être au courant, voire à avoir vécu cette expérience. Je ne peux donc qu’être heureux de partir de cet endroit ; la liberté sera à nouveau mienne, et ces esprits ne seront plus que de lointains souvenirs. Et je sais que même si je vais être séparé de beaucoup de mes amis, nous aurons encore et toujours la possibilité de continuer à nous voir. Une amitié solide dure, dure à jamais. Pour ce qui est des autres… c’est qu’elles n’en valent pas la peine.

        Nous sommes en cours de latin. On s’y amuse, on discute, on rit toujours beaucoup. Et, aujourd’hui, nous avons encore plus de droits : c’est notre avant-dernier cours, à tout jamais. Les épreuves nationales sont passées, alors nous sommes libres de faire ce que bon nous semble. Ce cours est l’une des seules choses qui vont me manquer l’année prochaine. Mais, au fond de moi, je sais qu’il y aura de nombreux autres moments tels que ceux-ci. Ça ne sera pas en cours de latin, c’est certain, mais, au lycée, les possibilités d’amusement, de créativité et autres me semblent beaucoup plus nombreuses qu’actuellement. Cependant, ici, l’amusement qui peut résulter de nos paroles - et de nos actes de manière plus générale - est renforcé par le sentiment de désobéissance : ici, tout n’est que censure ; là-bas, tout est liberté. Contourner cette censure procure un sentiment de fierté - et de liberté justement méritée ! - profond.

        Nous n’avons pas cours de mathématiques aujourd’hui, car la plupart des professeurs corrigent des copies des épreuves nationales. Nous avons donc deux heures libres devant nous, que nous passons à rire au CDI. Nous écoutons de la musique, nous jouons à des jeux vidéo, mais surtout, nous discutons, nous nous rappelons les souvenirs du bon vieux temps.

        Arrive enfin le cours de français, notre dernière heure de cours du mardi. Mon cours préféré. On y étudie sérieusement, et puis, j’aime beaucoup notre professeure : elle a toujours su être à mon écoute et me conseiller afin de progresser. La sonnerie va bientôt retentir, et je serai, comme à mon habitude, l’un des derniers, si ce n’est le dernier, à quitter la salle de classe. Comme toujours, Daniela, qui est à ma droite, me demande de me dépêcher. Sarah la rejoint et elles sortent de la salle toutes les deux, alors je prends mon temps pour ranger mes affaires. Claire m’attend, elle est bien la seule, mais cela m’importe peu. Comme beaucoup le savent, les vrais amis se comptent sur les doigts de la main ; je n’ai pas besoin de plus.

        Nous sortons. Daniela et Sarah nous attendent à l’extérieur, devant la porte. Comme toujours, elles commentent tous les petits détails du cours, et nous nous mettons à rire. J’aime ce petit quatuor que nous formons. Toujours soudés, toujours à l’écoute les uns des autres, et surtout, toujours en train de rire. C’est une autre chose qui va me manquer à coup sûr. Je me demande ce qu’il adviendra de notre petit groupe une fois que les vacances seront arrivées. J’espère que nous continuerons à nous voir, et que le temps ne nous séparera pas. Nous grimpons la pente qui nous mène à la passerelle qui surplombe le collège tout en continuant à rire. Mais notre bus à Sarah et à moi est déjà arrivé. Tous deux devons dire au revoir aux autres avec précipitation, nous courons jusqu’au bus. Nous parlons longuement jusqu’à notre arrêt : nous prévoyons déjà une date à laquelle nous pourrions nous voir tous les quatre durant les grandes vacances, puis nous nous remettons à rire en repensant à la journée que nous avons passée. Quand nous sommes arrivés, nous nous disons « Salut, à demain ».

        Mais si seulement nous savions ce qui allait se produire…

        Une fois rentré, je ne sais que faire. Les épreuves étant passées, il n’y a évidemment plus de devoirs. Alors, je lis, je navigue sur Internet, je sors dehors, j’erre sans but précis. Quand vient l’heure, je descends au rez-de-chaussée pour aller manger. Puis je remonte à l’étage, je continue à errer. Je finis par aller me coucher. Le sommeil, d’abord, ne vient pas. Puis il arrive, doucement mais sûrement, jusqu’à m’engloutir dans les ténèbres.



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