PROLOGUE




        Le courant venait de s’éteindre. L’endroit tout entier était désormais plongé dans le noir. Steve errait dans les couloirs, à la recherche d’un quelconque objet qui pourrait l’aider. Sa lampe de poche ne fonctionnait plus, il peinait à voir dans l’obscurité. Chaque pas était risqué et il se cognait dans tout ce qui l’entourait : les meubles, les grilles, et même les écrans de télévision. « Le fusible », pensa-t-il. Oui, il fallait qu’il trouve le fusible pour rétablir le courant. Après cela, il serait libre. Tout serait terminé. Son cauchemar prendrait fin. Mais où pouvait bien se trouver ce fusible ?

        Il entendit alors quelqu’un courir dans la salle d’à côté. Les pas se rapprochaient du mur, puis s’éloignaient, comme si la personne de l’autre côté courait dans tous les sens, tentant d’échapper à quelque chose. Il y eut un énorme fracas, un objet qui se brisa au sol. Une porte claqua violemment. Des coups, portés sur la porte. Une vitre se brisa. Puis, la porte de la pièce dans laquelle se trouvait Steve s’ouvrit, et quelqu’un entra avec précipitation. Il n’eut même pas le temps de voir de qui il s’agissait. Il entendit seulement un « Va-t’en ! », prononcé par une voix féminine, à bout de souffle. Celle de Rose, peut-être ? Mais il ne put en être sûr, car la femme le bouscula sur son passage, avant de s’enfoncer à nouveau dans l’obscurité avec précipitation. « C’est trop risqué », pensa Steve. « Je dois me cacher. Maintenant. » Mais où ? Il n’y avait aucune cachette potable dans cette salle. Il tourna sur lui-même, paniqué. Il ne pouvait rien voir. Il se rappela alors l’existence d’un petit renfoncement dans le mur, qui était en fait une minuscule pièce, une sorte de cellule. Il pouvait très bien se cacher sous le lit... Cela ne lui garantissait pas sa survie, mais ce pourrait être suffisant. Se fiant à son instinct et à sa mémoire, il se mit alors à avancer à l’aveugle, vers là où devait se trouver la porte d’entrée, une porte lourde, en métal. Ses pas étaient hasardeux. Puis il se cogna contre la porte en question avec un bruit sourd. « Elle est ici », murmura-t-il. Il entendit alors un nouveau fracas, tout près cette fois. Il se jeta à plat ventre et rampa sous le lit, se tournant de sorte à diriger son regard vers l’entrée de la pièce. La porte de la salle à laquelle elle était reliée s’ouvrit. Des bruits de pas se firent alors entendre, comme si quelqu’un marchait pieds nus sur le sol. Des grondements étranges et terrifiants retentirent. La créature était tout près. Il fallait garder son calme, surtout ne faire aucun bruit, ne pas attirer l’attention. Elle pouvait voir dans le noir. Il ne fallait pas l’oublier. Surtout, ne pas faire le moindre mouvement.

        La créature tournait en rond dans la salle. Steve pouvait l’entendre. Elle savait que quelqu’un était ici. Il entendait les tables se faire retourner, puis retomber sur le sol avec un bruit infernal. Les meubles étaient bousculés dans tous les sens. Les grognements s’intensifiaient tandis qu’elle continuait à chercher, et que sa frustration augmentait face à l’absence de quiconque dans la salle. C’est alors qu’elle s’approcha de la pièce. Elle était là, dans l’entrebâillement de la porte. Elle observait. Steve, lui, retenait sa respiration ; et il peinait. La vue de ce qui se trouvait là, face à lui, lui était de plus en plus insupportable et, même s’il fermait les yeux, il entendait toujours les infâmes grognements. Elle semblait hésiter, mais elle se contentait de regarder la pièce de façon circulaire, sans s’attarder sur quoi que ce soit. Alors, elle fit soudainement demi-tour, ouvrit une nouvelle porte à la volée, et repartit en courant.

        Steve relâcha sa respiration et expira bruyamment. Il l’avait retenue si longtemps qu’il avait eu l’impression d’être sur le point de s’étouffer. Il rampa avec difficulté hors de sous le lit, se releva, et courut aussi vite que possible, sans savoir où aller. Il lui fallait seulement partir loin, le plus loin possible, dans une autre pièce à l’écart. Sa course, en revanche, était tellement précipitée qu’elle lui causa rapidement une chute brutale. Le jeune homme laissa s’échapper un juron puissant, avant de se rendre compte de son erreur. Rapidement, il entendit à nouveau les grognements. Dans une tentative désespérée, il déplaça une lourde caisse en bois dans un coin de la salle et s’accroupit derrière elle.

        Les pas, bruyants, venaient dans sa direction. Steve, recroquevillé sur lui-même, n’avait jamais eu aussi peur, et cachait sa vision à l’aide de ses mains. Quelques secondes plus tard, il n’entendait plus rien. Pensant que le danger devait s’être éloigné, il retira lentement ses mains de devant son visage. Il n’y avait rien. La vaste salle semblait vide de toute présence. Aussi, quand des griffes acérées vinrent se planter brusquement dans la caisse, Steve poussa un cri. Un grognement sourd retentit, et une forme hideuse apparut dans son champ de vision. Elle l’avait trouvé. La créature l’avait trouvé.

        « Magnifique. »



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